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MARS-AVRIL 07

BULLETIN TRIMESTRIEL DE L'OBSERVATORI DEL PAISATGE - 4

L'OBSERVATEUR

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Archéologie du paysage

Graham Fairclough
Chef du programme Historic Landscape Characterisation, English Heritage

Le paysage peut être compris de plusieurs manières. Pour certains, le paysage est une question de beauté ou de biodiversité. Il existe néanmoins d'autres façons de le regarder. De mon point de vue archéologique, je dirais qu'un "bon" paysage est un paysage où l'histoire demeure lisible à travers les empreintes héritées du travail et des vies de centaines de générations de nos ancêtres.

Le passé est inévitable dans le paysage. Ses restes physiques, des énormes bâtiments à la clôture la plus petite, expliquent le paysage et forment son caractère. Le paysage considéré du point de vue de la culture matérielle, comme nous, les archéologues, le voyons, nous aide à répondre à la question la plus importante, celle que posent les enfants et que nous ne devrions jamais cesser de nous poser: pourquoi ?

Pour faire l'expérience du paysage, nous pouvons utiliser nos cinq sens: vue, ouïe, goût, odorat et toucher. De par son histoire, l'archéologie utilise un sixième sens: la connaissance. En effet, la connaissance fait inévitablement partie de la perception du paysage, même là où l'héritage est "invisible". Certains des liens de la longue chaîne de cause et d'effet reliant le passé au présent sont dissimulés, voire perdus, mais ces liens intangibles peuvent néanmoins faire partie de notre compréhension de l'évolution du territoire, ainsi que de l'influence du paysage que nous percevons. Les émotions naissant de la perception d'un cours d'eau ou d'un champ sous lequel demeurent des vies passées, par exemple, sont différentes de celles provoquées par la perception d'un territoire vierge.

Les archéologues peuvent proposer diverses narrations du paysage venant compléter la traditionnelle vision picturale ou littéraire des écrivains et des poètes. En effet, ils peuvent écrire une biographie, une histoire vivante du paysage. Ils peuvent décrire le paysage à travers le concept de lieu, enraciné par son histoire et les emplacements archéologiques, les monuments culturels et les bâtiments historiques. Ils peuvent utiliser la métaphore du voyage pour relier le temps et l'espace, quelquefois littéralement. Le paysage est le chemin allant vers le passé et provenant du passé.

Et l'avenir, penserez-vous? Paradoxalement, l'étude du passé du paysage nous conduit à davantage regarder en avant qu'en arrière. Mieux nous connaissons les transformations du paysage réalisées par l'être humain, plus nous nous rendons compte que ces transformations ne sont pas uniquement un événement qui survient au paysage, mais elles sont également une partie essentielle de son caractère. Lorsque nous reconnaissons le temps comme un élément inhérent au paysage, nous prenons davantage conscience de l'essence provisoire et de la nature intermédiaire du paysage d'aujourd'hui. Cela nous indique qu'aucun paysage ne demeure intact éternellement. En résumé, "L'histoire jusqu'à nos jours" et "Que se passe-t-il ensuite?" sont de puissants mécanismes narratifs de la fiction, ainsi que du paysage.

Nous ne pouvons pas arrêter le changement. Si les processus qui ont permis la création du paysage ne peuvent pas être conservés, le paysage changerait, même si nous nous efforcions de le fossiliser. Nous pouvons néanmoins avoir une influence sur le type de changements qui se produisent. Certains souhaitent créer des paysages "naturels" non anthropiques et remplacent l'esthétique culturelle du paysage par la biodiversité ou la sauvagerie. Mais le paysage, en tant que visage du territoire, est avant tout le contexte quotidien dans lequel les êtres humains vivent et se déplacent. Il semble que le futur paysage européen sera urbanisé. Dans ce cas, le paysage urbain ne devrait-il pas avoir la priorité sur le paysage rural? Je l'ignore, mais qu'il soit urbain ou rural, que nous revendiquions le paysage comme un fait culturel ou que nous mettions l'accent sur sa dimension naturelle, la future voie du changement dans le paysage doit être envisagée dans le contexte de son passé. Le paysage actuel est construit autant par les actions passées des êtres humains que par les perceptions culturelles contemporaines. Graham Fairclough Archéologue qui travaille pour English Heritage, l'agence national pour comprendre, faire des démarches et préserver le milieu historique. Il est le chef du programme Historic landscape Characterisation, et un participant assidu aux conférences et les ateliers de la Convention européen du paysage. Il est aussi un membre de l'assemblée de l'European Association of Archaeologist, et un conseiller externe du réseau Le :Notre.

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