Dossier: Paisatges sonors - Observatori del Paisatge

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6 Juillet 2007

Le sacrifice des arbres au profit du tramway

Résolument tournée vers l'avenir, la commune de Fort de l'Eau, rebaptisée Bord El Kiffan, rivalise de modernité sans sacrifier sur l'élégance. Cette image d'Epinal est à conserver dans les annales puisque, d'ici peu, la configuration du paysage sera modifiée. Et le coup de scalpel s'appelle tramway.

ZINEB A. MAICHE

El Watan (Algérie) [Chronique]

Non pas que ce mode de transport, interurbain et écologique soit le principal acteur de la déformation du paysage des communes. Non, le tramway n'en est que le motif. En effet, implique l'attbatage d'une quantité importante d'arbres, et ce, entre la commune de Bab Ezzouar jusqu'au centre-ville extrême de Bordj El Kiffan. Ainsi, le fameux tracé du tramway ne lésine sur rien, et l'aménagement des espaces publics ou la priorité au paysage urbain pacifié semblent être relégués au second plan. Pourtant, les investigations en matière d'aménagement du territoire ont permis de mettre en exergue le manque flagrant d'espaces verts réduit à une peau de chagrin. Les grandes agglomérations mondiales s'échinent à faire cohabiter transport, habitations et espaces verts. Ces derniers avaient longtemps été sacrifiés au profit de l'urbanisation. Mais la défiguration paysagère, ajoutée au malaise social ambiant, ont fait prendre conscience à l'ensemble des gouvernants de l'importance des espaces naturels. Le constat établi, c'est à grands renforts de textes juridiques que ces espaces furent protégés. En Algérie, un projet de loi de 42 articles, interdit la construction sans l'aménagement obligatoire d'un espace vert. Sur le chemin menant de Bab Ezzouar à Bordj El Kiffan, certains arbres sont marqués à la peinture rouge d'une croix signifiant leur mise à mort. Vieux d'une bonne centaine d'années, et élagués pour une meilleure visibilité, ces arbres, qui bordent la route et espacés les uns des autres de 5 à 10 m, rappellent que Bab Ezzouar n'a pas toujours composé avec boue, immeubles démesurés et poteaux électriques concurrents. Ces témoins d'une époque où l'ombrelle s'inspirait de ces banchages, sont la dernière note d'une partition musicale où le brouhaha cacophonique étouffe les derniers effluves d'un oxygène libre et dansant. Ces arbres offraient l'ombre à l'automobiliste réchauffé par un vasistas grincheux et une tôle réceptive aux rayons du soleil. Ces mêmes arbres animent ces kilomètres de béton, où piétons et commerçants peuvent discuter de la pluie et du beau temps. Si Bab Ezzouar, sur son avenue la menant à Bordj El Kiffan, a trop tardivement pris conscience des dégâts occasionnés à son paysage, Bordj El Kiffan, que le dernier séisme n'avait pourtant pas épargné, s'évertue à offrir aux citadins un espace de détente et de loisirs. La brise marine se mélange aux odeurs de glace et de méchouis que le commerçant propose de consommer… à l'abri d'un arbre.

LE TRAMWAY

Sûr et efficace, le tramway a l'avantage d'être écologique. Consommateur d'électricité, il se porte en direct concurrent des véhicules motorisés fonctionnant à l'essence comme le bus et la voiture. A tel point que lorsqu'il est envisagé une politique de " dépollution d'une commune " en limitant l'accès à la voiture, il est supplanté par le tramway. Car, contrairement au métro, qui, lui, est souterrain, le tramway occupe l'espace jadis utilisé par les automobiles. Les deux ne pouvant circuler sur les mêmes voies, il est repensé un nouveau plan de circulation automobile, très souvent renvoyé à la périphérie des communes pour amoindrir ainsi la pollution urbaine. Judicieux tant du point de vue écologique qu'économique car moins cher que la construction du métro, le tramway offre plus de commodités que le bus en allant plus vite (en supposant que les limitations de vitesse sont respectées par les bus). Il amoindrit grandement la pollution atmosphérique générée par les véhicules automobiles, mais il réduit également la pollution sonore puisqu'il est totalement silencieux. Le tramway, qui oblige à repenser le plan de circulation ainsi que le traitement paysager, offre les avantages d'induire un développement corrélatif des circulations douces (piétons, vélo) et une plus grande intégration des personnes handicapées. Qu'il traverse les grands quartiers sans caténaires ou avec, le tramway a, depuis près d'une vingtaine d'années, fait un retour en force dans la plupart des pays européens et, également, au Canada, en Chine et au Japon. Le tramway se dote de nouveaux habillages, que les communes s'ingénient à diversifier pour donner un cachet à la ville et séduire les touristes.

 

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